Monsieur Coulibaly, le tisserand de Djibasso

Monsieur Coulibaly, le tisserand de Djibasso

A l’origine de notre rencontre avec Monsieur Coulibaly, il y a la découverte puis la fascination pour un plaid traditionnel tissé dans son village, à Djibasso, non loin de la frontière malienne. Dans les motifs animaliers que les tisserands de l’ethnie Bwa Ba sont les seuls à maîtriser au Burkina Faso, s’incrustent des motifs géométriques d’une puissance graphique étonnante. Dès lors, ils se sont imposés avec évidence comme source principale d’inspiration pour notre première collection.

 

Plaid traditionnel de l’ethnie Bwa Ba (Nord Ouest du Burkina Faso) avec motifs animaliers


Cependant, nous réalisons très vite que les ateliers de tissage du Burkina Faso, équipés de métiers plus modernes, ne sont pas en mesure de reproduire ces motifs, plus complexes que les toiles qu’ils réalisent habituellement. Face à cette première difficulté, un ami burkinabé vivant à Paris et originaire de cette région, Bakary Diarra, nous propose de nous mettre en relation avec l’un de ses oncles reconnu dans son village pour son art du tissage. C’est ainsi que, depuis la France, nous décidons d’organiser le voyage de Monsieur Coulibaly, de son village jusqu’à Ouagadougou, pour découvrir, à ses côtés, les spécificités des tissages de sa région.


Portrait de Monsieur Coulibaly, tisserand traditionnel de Djibasso, Burkina Faso


Dès son arrivée parmi nous, Monsieur Coulibaly manifeste un très grand intérêt pour cette collaboration aussi inattendue pour lui que pour nous et à laquelle, rien ne le prédestinait :

– Monsieur Coulibaly n’a quasiment jamais quitté son village natal et c’est seulement son deuxième séjour à Ouagadougou, la capitale, ville dans laquelle il n’a aucun repère.

 

– Son français très approximatif se limite à quelques formules de politesse, ce qui limite nos échanges à des « Ca va ? », « Ah Bon ? » « Voilaaa ! » ponctués de nombreux rires et sourires.

 

 – Jusqu’à présent, son réseau de distribution se limitait à une clientèle locale sollicitant ses talents pour de rares occasions : mariages, baptêmes, funérailles…

 


Parmi les outils de travail du tisserand: la navette et les bobines de fils mais aussi, la théière et le réchaud à charbon!


 


Pourtant, malgré tout ce qui nous sépare a priori, au fil des jours de notre cohabitation s’instaure un climat d’échanges complices et de compréhension mutuelle, propice à une belle aventure créative.

Dans un premier temps, Monsieur Coulibaly nous propose, sans restriction de notre part, un large inventaire de ses motifs. Puis Nathalie, notre designer textile, puise son inspiration dans ce patrimoine textile ancestral d’une incroyable richesse, pour imaginer une gamme de tissus adaptés à des univers plus contemporains. Recourant le plus souvent au langage des signes complété par quelques onomatopées, elle suggère au tisserand des changements de rythmes et d’harmonies dans les rayures et les coloris. Monsieur Coulibaly s’approprie peu à peu ces interprétations jusqu’à proposer à son tour de nouvelles orientations créatives. C’est ainsi que se joue entre le tisserand et la designer une partition textile à quatre mains transcendant les barrières du langage. Au final, quatre motifs déclinés en plusieurs coloris sont retenus pour notre première collection d’accessoires textiles.


Vue de dessous du métier à tisser traditionnel de Monsieur Coulibaly

 


Vue de dessus du métier à tisser traditionnel de Monsieur Coulibaly

Moment de complicité entre Monsieur Coulibaly, le tisserand et Nathalie, la designer


Avec l’appui d’un formateur en tissage de Ouagadougou, Tébi Madou, nous opérons un transfert des motifs sélectionnés sur des métiers à tisser plus modernes et mieux adaptés  aux femmes et aux contraintes de production. Vingt femmes sont sélectionnées pour participer aux premières sessions de formation dédiées à la reproduction de ces motifs sur de plus grandes largeurs. (Voir l’article : Première session de formation au tissage dans le Centre d’Afrika Tiss). Les femmes découvrent et s’approprient par cette occasion un patrimoine textile issu de leur contrée qui leur était jusqu’alors inconnu.

Nous sommes aujourd’hui très fiers d’avoir œuvré à la mise en place de ces premières passerelles créatives entre le tisserand de Djibasso, la designer parisienne et les tisserandes citadines de Ouagadougou.

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