PORTRAITS DES TISSERANDES

TISSERANDES

Entretien avec Pascaline


“Le matin comme ça, même avant mes activités quotidiennes, même avant ceux qui ne sont pas réveillés, c’est en humour. Moi, je fais rire tout le monde déjà. Pour pouvoir commencer pour moi-même ma journée. Mes activités de préférence, c’est le tissage. J’adore travailler, faire le tissage. Je suis chez moi, à partir de 5h30, je commence à tisser”.

C’est vraiment une passion alors ?

C’est ce que je dis, c’est ma passion.

Quel est votre pagne préféré ?

Bataillon. C’est le pagne le plus demandé même chez moi. Le dessin ressort comme du tricot.
Comment avez-vous appris le tissage ?Quand je suis née j’ai trouvé ma mère tisserande. J’ai appris et travaillé avec elle depuis l’âge de 15 ans. Mais c’est à partir de 27 ans, que j’ai véritablement commencé à pratiquer le tissage comme métier.

Avant d’être tisseuse, vous aviez une autre activité ?

J’ai reçu une formation de couturière et de coiffure. J’ai beaucoup travaillé. Il y a beaucoup de choses que j’ai fait, comme vendre du tiapalo* au cabaret. Vous savez tout faire alors ?Oui (rires).

Et vous avez des enfants ?

Oui, un garçon de 12 ans.

Est-ce qu’il apprend le tissage ?

Oh beaucoup même ! Il fait surtout la teinture.

Et lui, il sait ce qu’il veut faire comme métier ?

(rires) Non. Mais il a le même amour que moi pour le tissage. Donc comme c’est sa passion, il y a une possibilité pour qu’il reste dessus.
Aussi, il aime bien porter les habits traditionnels. Comme sa maman fait
de beaux pagnes, il fait tout pour tisser avec elle et l’aider. Et comme très souvent la chaîne déborde, cela lui permet de récupérer le métrage qui reste pour se confectionner de beaux habits.

*Tiapalo : bière de mil brassée artisanalement essentiellement par les populations de l’Afrique sub-sahélienne.

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Entretien avec Aïcha


“Les activités quotidiennes, c’est le tissage. Si je me lève, si j’abandonne ça, c’est peut-être pour aller chercher à manger pour don- ner aux enfants. Je vis du tissage, je dépends de ça, donc c’est devenu mon quotidien. Si tu vois que je ne fais pas ça, c’est peut-être que je suis malade, ou bien c’est pour donner à manger aux enfants, sinon, c’est le tissage”.

Vous avez combien d’enfants ?

Six enfants. Un seul garçon. Les autres sont des lles.

Les lles et le garçon tissent avec vous aussi ?

Les lles savent tisser, mais ça ne leur dit pas. Il y en a seulement une qui s’applique. Elle va à l’école, mais pendant les vacances scolaires, elle tisse. Quand et comment avez-vous appris le tissage ?Quand je me suis mariée, la femme de mon beau-frère, du grand-frère de mon mari, tissait. Donc je suis restée avec elle, pour apprendre à tisser. Pour mon mariage, elle m’a offert le métier à tisser. C’est avec ça que je me suis perfectionnée et que j’ai appris à mes enfants à tisser. C’est de ça que je vis, c’est ce qui me reste, ce métier.

C’est toujours sur le même métier que vous continuez à tisser ?

Quand j’ai maîtrisé la technique, j’ai ramené le métier à ma belle-sœur et je m’en suis payé un pour moi. C’était un prêt en fait.
Pourquoi avez-vous voulu apprendre ?J’étais arrivée jeune mariée dans la famille de mon mari, et ma belle-

sœur, c’est devenu une grande sœur, donc ses activités ménagères, c’est moi qui les faisais à sa place. Je lavais même ses enfants. Il fallait que je m’implique. Et j’avais aussi envie d’apprendre un métier. J’étais à domicile et j’avais la possibilité d’apprendre le tissage. C’était rentable, ça m’a inté- ressée.

Est-ce que vous avez d’autres activités que le tissage ?

Au village, il n’y a pas une activité de commerce, ou quoi que ce soit à faire. Soit tu cultives, soit tu vas tisser. Il n’y a rien à faire.
Vous avez grandi au village ? Dans quel village ?Yamtenga ça s’appelle.

Vous tissez des fois à trois dans votre cour ? Vous et vos enfants ?

Oui, il y a des fois où c’est tous les trois en même temps. Ces moments, c’est les moments des congés, des vacances. Mes lles y trouvent leur inté- rêt, parce que c’est aussi comme cela qu’elles arrivent à payer leur scolarité.

Entretien avec Hélène


“Je suis Bobo. J’ai grandi à Bobo-Dioulasso, je suis arrivée à Ouaga en 1994. Moi, j’ai appris le tissage avec ma voisine, parce que je ne faisais pas le tissage là-même, je faisais le commerce”.

C’était un commerce de quoi ?

De fruits. De chez moi, j’ai aussi vendu du bois et du charbon, des arachi- des, des petites choses.


Vous alliez acheter au marché et après vous vendiez devant votre porte ?

Oui.

Vous avez vu que votre voisine faisait du tissage à côté ?

Oui, parce que le commerce, ça n’était pas suf sant. On gagne plus de béné ces dans le tissage que dans le commerce, c’est à cause de cela que j’ai arrêté.


Alors vous lui avez demandé de vous apprendre ?


Oui.

Et elle a accepté ?

Oui oui (rires).


Après, vous avez eu vos clients et maintenant vous ne travaillez que sur commandes ?


Oui, je vends à mes voisins. Mais s’il n’y a pas de clients dans le quartier,
je suis obligée d’aller au marché. Sinon la plupart du temps, c’est dans le quartier, parce que quand tu nis ton pagne, tu montres aux voisines, ou bien souvent elles te rendent visite, elles voient le pagne, et : « ah moi je veux ça ». Voilà, c’est comme ça.
Est-ce qu’il y a des pagnes ou des motifs Bobo, spéci ques à votre ethnie ? Il y en a ! Mais je ne les connais pas. Car je n’ai même pas le droit de faire du tissage dans mon ethnie. Les femmes n’ont pas le droit de faire le tis- sage. C’est les hommes qui font le tissage chez les Bobo. Donc cela fait que je ne connais pas les techniques ancestrales.


Quel est votre plat préféré ?


Les Bobo, on a toujours dit que c’est la sitoumou, les chenilles. C’est la spécialité de Bobo-Dioulasso. C’est pendant la saison pluvieuse. Les che- nilles se nourrissent des feuilles de karité.

Et ça a quel goût ?


En tout cas c’est très bon. Parce qu’il est gras. On en fait des brochettes !

Mais ça n’est pas un peu dur, un peu caoutchouteux ?

Ça dépend comment tu le prépares. Tu peux le frire, tu peux le souper… On dit que pour la santé c’est très bon. C’est plein de vitamines !

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Entretien avec Adèle


“J’ai appris le tissage avec ma voisine pendant près d’une année. J’avais 27 ans. En ce moment, j’étais déjà mariée et j’avais un ls. Il n’y avait pas d’autres boulots à faire, c’est pourquoi j’ai choisi le tissage.”

Vous avez vu votre voisine faire le tissage et vous lui avez demandé de vous apprendre.C’est ainsi.


Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans le tissage ?

Je sais que si je fais du tissage, je vais avoir de l’argent. C’est pour cela que j’ai choisi le tissage.


Est-ce qu’il y a des dif cultés dans le tissage ?

Souvent il y a des dif cultés. Par exemple, on peut vouloir vendre sa pro- duction, juste pour régler un problème. Mais alors on ne fait pas de béné- ces. Il y a des moments comme ça. C’est-à-dire que l’acheteur n’est pas prêt, il te propose un prix qui ne t’arrange pas, mais du moment que tu es avide d’argent, tu acceptes quand même…

En tout, cela fait combien de temps que vous tissez ? Vous avez toujours continué le tissage depuis que vous avez appris ?

C’est toujours ça, depuis 10 ans, depuis que j’ai 27 ans, quand j’ai com- mencé à apprendre. C’est toujours ce que je fais.

Vous avez une autre activité en même temps que le tissage ?

Je fais la chorale à l’église, j’enseigne aux enfants, en mòoré*, pour passer le baptême. Pour que les enfants puissent entrer en possession de leur bap- tême, je leur fais suivre des cours.


C’est un peu le catéchisme ?

Voilà.


Et vous êtes catholique ou protestante ?

Je suis catholique.


Les enfants dont vous vous occupez ont quel âge ?

A partir de 6 ans.


A la chorale, vous êtes nombreuses ? Des femmes et des hommes ?

Nous sommes nombreuses. C’est des femmes et des garçons.


Vous avez quelle voix ? Une voix aigüe ou grave ?

J’ai la voix basse (rires).

*Mòoré : le mòoré ou moré est une langue du Burkina Faso.

Entretien avec Marie-Madeleine


“J’ai 27 ans de carrière. J’ai appris le tissage avec une voisine. Je fai- sais un peu un peu. On causait ensemble, je la voyais tisser. Si elle se lève pour aller au marché seulement, moi je la remplace, je commence à tisser. C’était comme ça.”

Comment s’organisent vos journées, du matin jusqu’au soir ?

C’est se lever. Tu te fais un petit-déjeuner. Tu commences à tisser. Le soir, tu vas te laver, te reposer. Le lendemain c’est la même chose.


Vous tissez combien de pagnes par jour ?

Des fois, je vais avoir un pagne, un pagne et demi.

Vos clients, ce sont des clients réguliers ?

Ce sont des clients de la famille. S’ils portent mes pagnes, leurs camarades voient, c’est joli. Je reçois encore des commandes. Par exemple, si tu pars quelque part, tu vas mettre ton pagne. Si quelqu’un le voit et qu’il le trouve très joli, il va te dire qu’il en veut un pour lui. Tu vas avoir des clients. Mais si toi, tu ne veux pas porter le pagne, personne ne va voir ta production !

Donc vous faites votre propre publicité ?

Voilà. C’est comme ça que je reçois mes commandes.

Vous avez des enfants ?

J’ai sept enfants. Six garçons et une lle.
Ça fait beaucoup de garçons.
Je voulais avoir une lle, mais je n’en avais pas. J’ai été obligé d’accoucher beaucoup pour avoir une lle. La lle, c’est l’avant-dernière. Comme j’ai ac- couché et que j’ai vu que c’était encore un garçon, j’ai arrêté (rires).


Quel est votre plat préféré ?

Le tô*.


Avec quelle sauce ?

Sauce d’oseille, sauce de gombo*, sauce de boulvaka*. Il y a plusieurs sauces. Tu peux mélanger des fois le gombo avec l’oseille. Tu peux tout faire. Même le boulvaka mélangé avec le gombo, on fait tout ! Et puis il y a le vara* aussi. C’est trop gluant. Il faut faire 45 tours dans la bouche avant de l’avaler. On appelle ça « 45 tours ». C’est les graines qu’on utilise pour faire la sauce gluante. Et puis il y a la sauce de baobab aussi.

*Tô : c’est le plat national du Burkina Faso, boule de mil ou de Maïs servie dans une sauce

*Boulvaka, vara et sauces gombo: sauces qui accompagnent le tô cuisinées à partir de feuilles, de fruits ou de graines.

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